Pas de Green New Deal sans économie circulaire

Par Michel Tolila (président de La Foncière Numérique)

La crise de la Covid nous a amené à sérieusement penser aux avantages d’une refonte du système économique, notamment en accélérant la transition vers l’économie circulaire. Il s’agit d’un modèle estimé comme l’un des principaux éléments du Green Deal européen en tant que condition préalable à la réalisation de l’objectif de neutralité climatique de l’UE en 2050 et à l’arrêt de la perte de biodiversité. Nous avons en effet pris conscience du problème fondamental du XXIème siècle : celui de l’entropie. Déjà en 2017, Harald Friedl, le directeur du think tank Circle Economy, alertait sur une économie mondiale qui avait absorbé plus de 100 milliards de tonnes de matériaux en un an. Le rythme ne s’est pas arrêté depuis.

Notre avantage cependant aujourd’hui tient dans l’historique solide de nos données en matière d’émissions carbones de ces trois dernières décennies (depuis la création du Giec, par exemple) et des secteurs les plus énergivores où l’effort doit porter pour flécher les mesures bas carbone et atteindre les ambitions de décarbonation qui ont été réaffirmées récemment dans la loi énergie-climat, par exemple, en France ou dans le programme économique « Build back Better » de Joe Biden.

Le bâtiment, secteur qui représente entre 20% et 25% des émissions de GES en France, et qui émet plus de 123 millions de tonnes de C02, est un des domaines clé dans cette lutte contre le réchauffement climatique, de la transition énergétique. Si on parle de déchets pour ce secteur, c’est plus de 40 millions de tonnes par an pour la France (en écartant les BTP). L’approche linéaire « prendre-faire-jeter » de la production et de la consommation est ainsi aujourd’hui remise en cause.

Parallèlement, nous commençons à voir le potentiel aussi d’une économie plus circulaire qui extrait une valeur supplémentaire des ressources déjà utilisées. La rhétorique devient ainsi : moins de déchets, plus de valeur ! En effet, comme le rappelle une étude récente du Forum économique mondial (“Circular Trailblazers: Scale-Ups Leading the Way Towards a More Circular Economy”), l’économie circulaire représente une opportunité de marché estimée à 4,5 trillions de dollars entre 2018 et 2030. Rappelons que seul 8,6 % des ressources sont réutilisées dans le monde actuellement, ce qui laisse un énorme écart de circularité (CGRI rapport 2021), un énorme potentiel !

De même, alors que le casse-tête de l’ère métropolitaine tient dans la “densité heureuse” et l’inclusion sociale, l’économie circulaire peut constituer un des leviers contre l’inflation des prix de l’immobilier face au phénomène de rareté de certains matériaux, et peut-être vu comme un levier pour la réhabilitation, la rénovation des parcs, la seconde vie de l’habitat.

Consommer moins, construire durable, trouver de nouveaux relais de croissance dans les déchets, découvrir les trésors cachés du réemploi dans les vastes activités d’extraction, de transport et de construction ainsi que dans l’énergie utilisée pour éclairer, chauffer, refroidir les bâtiments, c’est l’objet de la récente rencontre de l’immobilier de l’ESSEC Business School et de La Foncière Numérique qui portait sur l’économie circulaire appliquée à l’immobilier. J’étais aux côtés de Tina Paillet, présidente de RICS Europe, de Laetitia George à l’initiative du booster du réemploi et antérieurement ancienne directrice des portefeuilles chez Nhood, et de Cédric Borel, Directeur de l’Institut Français pour la Performance Énergétique du Bâtiment pour ce troisième cycle de réflexion sur la notion de résilience qui vise à mieux comprendre la structuration de ce nouveau “marché” de l’économie circulaire. Ce dernier nécessite des solutions innovantes ainsi que de nouveaux modèles commerciaux, d’un design propre (EcoDesign) et de nouvelles fonctions dans nos entreprises (comme celle d’un “resources manager”) pour pouvoir se massifier et anticiper la demande sur les ressources disponibles.

Passer à une économie CLIC™ (« Circular, Lean, Inclusive, Clean » : circulaire, efficiente, inclusive et propre) impose ainsi un changement d’échelle. L’IA, et les infrastructures numériques de la Proptech seront indispensables pour servir ce nouveau marché avec par exemple des réflexions portant sur l’ouverture d’une banque globale de matériaux (en anglais « Buildings As Materials Banks” -BAMB) permettant de rendre intelligent les matériaux et donc d’augmenter leur valeur et leur capacité de réemploi tout en massifiant la démarche sur l’ensemble de leur cycle de vie.

Pour découvrir la table ronde, c’est ici :

https://youtu.be/xwP9hJ1cllg

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